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La méthode Allen Carr : principe, résultats et niveau de preuve

Publié le 19 juin 2026 · Mis à jour le 10 septembre 2026

La méthode Allen Carr : principe, résultats et niveau de preuve

La méthode Allen Carr, vendue sous le nom Easyway, reste en septembre 2026 l'une des approches non médicamenteuses les plus connues pour arrêter de fumer. Ses partisans avancent des taux d'arrêt élevés, ses détracteurs rappellent que les essais contrôlés se comptent sur les doigts d'une main.

Ce qu'est réellement la méthode Easyway

Dans la forme évaluée par les chercheurs, Easyway n'est pas un livre mais un séminaire de groupe en présentiel de 4 h 30 à 6 heures. Le NICE britannique le décrit comme un mélange de thérapie cognitivo-comportementale et de relaxation, sans aucune pharmacothérapie, qui se conclut par une dernière cigarette rituelle. Le livre, paru en 1985, en est la transposition écrite.

Les approches classiques aident le fumeur à résister à une envie tenue pour légitime. Easyway cherche à supprimer l'envie elle-même, en démontant l'idée que la cigarette apporterait détente, concentration ou plaisir. Le soulagement ressenti en fumant ne serait que la fin du manque créé par la cigarette précédente.

La méthode Allen Carr ne cherche pas à renforcer la volonté, mais à la rendre inutile en supprimant la croyance que la cigarette apporte un bénéfice.

Ce qui la distingue des substituts nicotiniques

Les substituts nicotiniques agissent sur la dépendance physique, en apportant de la nicotine sans combustion. Easyway n'en délivre aucune, ne prévoit aucune décroissance et traite le manque physique comme secondaire. Le NICE relève qu'une partie des fumeurs refuse tout médicament : en leur proposant une alternative, Easyway pourrait augmenter le nombre de tentatives d'arrêt plutôt que les détourner.

Ce que disent les essais contrôlés

Deux essais randomisés portent sur le séminaire. Le premier, mené en Irlande par Keogan et publié dans Tobacco Control en 2019, a réparti 300 fumeurs entre un séminaire Easyway et le service public en ligne Quit.ie. L'abstinence y était de 27 % contre 15 % à trois mois et de 22 % contre 11 % à un an. Le rapport de cotes atteignait 2,26 (IC 95 % : 1,22 à 4,21) à trois mois et 2,17 (1,15 à 4,10) à un an, mais retombait à 1,65 (0,92 à 2,96), non significatif, à six mois.

Le second, mené au Royaume-Uni par Frings et publié dans Addiction en 2020, a comparé Easyway à un service spécialisé chez 620 participants. À quatre semaines, Easyway était en retrait : 27,7 % contre 33,5 %. À 26 semaines, l'abstinence s'établissait à 19,4 % contre 14,8 %, soit 4,5 points d'écart (IC 95 % : -1,4 à +10,4 ; p = 0,165), donc non significatif. Cet essai a été financé par Allen Carr's Easyway International.

Et le livre, la forme la plus répandue

Le livre n'a été évalué qu'une fois. Publiée en 2017 par Foshee et ses collègues aux États-Unis, l'étude portait sur 92 patients suivis en ORL, tirés au sort pour recevoir l'ouvrage ou non. Sur les 52 personnes analysables, 29,4 % de celles qui l'avaient lu étaient abstinentes six à douze mois plus tard, contre 33,3 % de celles qui ne l'avaient pas lu (p = 0,81). La revue systématique de 2023 la classe à risque de biais sérieux et juge les données sur le livre très rares.

Ce que vaut ce niveau de preuve

Cette revue, parue en 2023 dans Tobacco Prevention and Cessation, recense six études : quatre observationnelles et deux essais randomisés. Les taux d'arrêt après séminaire s'échelonnent de 19 % à 51 %. Ses auteurs jugent le séminaire prometteur et réclament d'autres grands essais, tout en écrivant que toutes les études incluses soulèvent des réserves à l'évaluation du risque de biais.

Ces pourcentages se lisent mal hors contexte : la fourchette de 19 % à 51 % vient surtout d'études sans groupe témoin, sur des personnes qui avaient choisi et payé un séminaire, donc déjà très motivées. La méta-analyse en réseau Cochrane de 2023, qui couvre plus de 300 essais et 150 000 participants, estime qu'environ 14 fumeurs sur 100 réussissent avec une cigarette électronique nicotinée, la varénicline ou la cytisine, contre 6 sur 100 sans aide. Easyway n'y figure pas : elle ne couvre que les médicaments et la cigarette électronique. Notre panorama des méthodes les compare.

  • Volume : 2 essais randomisés sur le séminaire et 1 étude sur le livre, contre 133 essais et 64 640 participants pour les substituts nicotiniques chez Cochrane.
  • Certitude : élevée pour les substituts, qui augmentent d'environ 55 % les chances d'arrêt face à un placebo (risque relatif 1,55). Rien de tel pour Easyway.
  • Risque de biais : modéré pour trois des quatre études observationnelles, sérieux pour la quatrième, réserves sur les données manquantes pour les deux essais randomisés.
  • Comparateurs et financement : jamais de placebo, toujours un service existant, et l'essai britannique a été payé par l'organisation qui vend la méthode.
  • NICE : la recommandation NG209 juge le séminaire aussi efficace que les services classiques, sans pouvoir lui attribuer un rang ni extrapoler au livre.

À qui elle convient, et à qui moins

  • Plutôt adaptée à qui refuse tout médicament, redoute surtout de perdre un plaisir, et peut bloquer une demi-journée.
  • Moins adaptée en cas de forte dépendance physique, typiquement une première cigarette dans les cinq minutes suivant le réveil.
  • Sans données pendant la grossesse, ni par âge ou origine. Dans l'essai britannique, l'arrêt était plus fréquent chez les plus diplômés.
  • Contraintes : séminaire long, payant, en présentiel, pas toujours proposé dans votre langue.

Rien n'oblige à choisir : une approche motivationnelle peut accompagner un traitement d'efficacité établie. Voir notre page arrêter de fumer et notre bilan sur l'hypnose, l'acupuncture et la méthode Allen Carr. En France, Tabac Info Service répond gratuitement au 39 89.

Sources

La méthode Allen Carr est-elle efficace ?
Les deux essais randomisés sur le séminaire la situent au niveau des services d'aide classiques : l'essai irlandais de 2019 trouve un avantage significatif, le britannique de 2020 non. Le niveau de preuve reste inférieur à celui des substituts nicotiniques.
Le livre a-t-il été testé scientifiquement ?
Une seule fois, sur 92 patients en 2017, sans différence significative entre lecteurs et non-lecteurs, et avec un risque de biais jugé sérieux. Le NICE a indiqué ne pas pouvoir généraliser au livre les résultats du séminaire.
Faut-il arrêter de fumer avant de suivre la méthode ?
Non, le protocole prévoit de fumer normalement jusqu'au terme, le séminaire se concluant par une dernière cigarette rituelle. Cela ne remplace pas un avis médical : en France, Tabac Info Service répond au 39 89.
Combien de temps dure un séminaire Easyway ?
De 4 h 30 à 6 heures, en groupe et en présentiel selon la description du NICE, avec des séances de suivi.

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